vendredi 31 décembre 2010

Copie conforme (film de Abbas Kiarostami)


Il y a une scène dans ce film où tout bascule. Le spectateur est perdu : quelle est la réalité dans tout ça ? Est-ce que je n'ai rien compris depuis le début ? Une heure après le film se termine et l'on n'a pas de réponse. La magie est totale, Abbas Kiarostami a bien réussi son coup !

Juliette Binoche est complètement craquante, avec son air un peu maladroit, sa détresse de mère à la quarantaine qui cherche encore - toujours - l'amour. Notons qu'elle joue en plusieurs langues dans ce film : italien (l'action se déroule en Italie), français (elle est française et parle dans cette langue à son fils) et anglaise (l'homme qu'elle rencontre est anglais).

Abbas Kiarostami est obligé de s'exiler pour faire d'aussi bons films. Rappelons aussi que pendant cette fin d'année 2010 son confrère iranien, Jafar Panahi, non moins talentueux, a été condamné à 6 ans de prison et a été frappé d'interdiction de faire des films pendant vingt ans...  

jeudi 30 décembre 2010

Des hommes et des dieux (film de Xavier Beauvois)


Ce film primé à Cannes raconte l'histoire des moines français assassinés en Algérie dans les années 90. Un peu trop long et lent à mon goût, il n'en reste pas moins un bon film. La tragédie de ces moines c'est qu'ils savaient quel danger ils couraient et malgré cela ils ont choisi de rester, même lorsque les massacres sont arrivés tout près de leur lieu de résidence. Toute la prouesse du réalisateur est de nous faire comprendre leur comportement, et même, de nous faire adapter leur point de vue, et c'est réussi ! Rappelons aussi que la disparition de leur corps reste un mystère non élucidé à ce jour ; seuls leurs têtes ont été retrouvées. Un mystère sur lequel le film n'avance aucun indice.

mercredi 29 décembre 2010

Amore (film de Luca Guadagnino)


Voici un film qui est passé presque inaperçu, et pourtant c'est un beau film.

Emma est la femme d'un riche industriel italien. Elle passe sa vie entre de multiples obligations familiales. Elle incarne la femme modèle mais derrière son masque social se cachent tant de choses refoulées, à commencer par sa fille lesbienne, son attrait pour le meilleur ami de son fils (un jeune cuisinier qui habite à la campagne) et son désir de se libérer...

L'histoire est très psychologique avec de multiples rebondissements. La fin est un peu bizarre, car elle est plus symbolique que réelle. J'ai bien aimé la scène où elle parle en russe avec son fils (le personnage d'Emma est d'origine russe). Cela peut être interprété comme une parabole : entre une mère et son enfant, il y a des langages que eux deux seuls comprennent mais pas les autres tout autour...

mardi 28 décembre 2010

The Social Network (film de David Fincher)


Pour raconter l'histoire de Facebook, David Fincher, le réalisateur du film The Social Network, a choisi de reconstituer des scènes de l'interrogatoire de Mark Zuckerberg et de certains de ses collègues qui l'accusaient d'avoir volé leur idée. Mêlant ces scènes d'interrogatoire avec de longs flashbacks, le film réussit à nous captiver par une dynamique soutenue. Surtout qu'il raconte une histoire qui touche plusieurs centaines de millions de personnes. L'histoire de Facebook.

Je suis sûr qu'on diffusera ce film dans les collèges d'ici 50 ans, pour raconter aux générations futures comment tout avait commencé, dans la tête d'un étudiant de Harvard en 2003.

lundi 27 décembre 2010

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu (film de Woody Allen)


En tant que modeste fan de Woody Allen, j'ai été déçu cette année par la livraison annuelle 2010. Avouons-le : Woody Allen sait faire mieux que ça, beaucoup mieux. D'accord, il y a ses thèmes de prédilection : l'absurdité, le hasard, la mort, etc. Mais on reste loin du Woody qu'on connaît.

Dans ce film les destins de plusieurs couples, jeunes et moins jeunes, se mêlent et s'entrecroisent. C'est peut-être la multiplicité de ces personnages qui est à l'origine de la complexité du film. Pourtant, l'intrigue est simple : un écrivain en panne d'inspiration ne supporte plus sa belle-mère, une alcoolique abandonnée par son mari après 40 ans de mariage. Il tombe aussitôt sous le charme d'une voisine habillée en rouge et essaie de la conquérir.

Malgré tout, Woody Allen est toujours drôle et on est sûr de passer un bon moment en sa compagnie !

dimanche 26 décembre 2010

Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures) (film de Apichatpong Weerasethakul)


Impossible de comprendre pourquoi ce film a gagné la Palme d'Or au Festival de Cannes. Comme le notait à juste titre Le Figaro, ce film est "hermétique, lent et au symbolisme obscur".

Oncle Boonmee souffre d'insuffisance rénale. Sentant approcher la fin de sa vie, il se souvient de ses vies antérieures, ou plutôt il est censé se souvenir de ses vies antérieures (comme le précise le titre du film, d'ailleurs). En vérité, il voit apparaître sa femme décédée depuis des années ainsi que son fils disparu dans la jungle et devenu un ogre aux yeux rouges.

Dans ce film, les scènes se succèdent et il ne se passe rien, à part l'ennui.

samedi 25 décembre 2010

Une nuit en enfer (film de Robert Rodriguez)






(titre original : From Dusk Till Dawn)

On trouve à l'affiche de ce film, sorti en 1996 : Harvey Keitel, George Clooney, Quentin Tarantino et la belle Juliette Lewis. Dirigé par Robert Rodriguez sur un scénario écrit par Tarantino, ce film  compte parmi mes préférés, et pour cause ! Il ne s'agit pas d'un film mais deux !

En effet, Une nuit en enfer se divise en deux parties complètement distinctes. Tout d'abord il raconte la fuite des deux frères Seth et Richard Gecko. Vol, prises d'otages, tueries... la violence est présente presque à chaque scène. Puis les deux frères kidnappent une famille pour les aider à traverser la frontière vers le Mexique. Là, au Mexique, et plus exactement dans un bar perdu dans le désert nommé le Titty Twister, une autre histoire commence. Tout le monde est pris au piège, le spectateur le premier. On se retrouve en enfer...

Pratiquant le mélange des genres avec brio, Robert Rodriguez a signé un film savoureux, qui, faut-il le signaler, n'a pas été du goût de tout le monde...

vendredi 24 décembre 2010

Les Rois mages (chant de Noël par Faïrouz)



La grande dame de la chanson arabe, Faïrouz, chante sur l'air de l'Arlésienne de Georges Bizet un chant de Noël en arabe.

Voici ملوك المجوس (les Rois mages), avec des paroles de Joseph Harb.

ملوك المجوس - جوزف حرب




ملوك المجوس بليلة الميلاد و التلج مغطيلن تيجانن
لحقوا عالطريق بنجمة الميلاد لعند الطفل اللي أسمو يسوع


معهن بخور و دهب و حرير و أساميهن كتبوها فوق سيوفهن
جايي الليلة ملوك المجد لعند الملك اللي أسمو يسوع


شافوا طفل عا كومة قش و حدو إمو عم بتصلي
تركوا السيف و شالوا التاج و حنيوا روسن للملك الإله


و النجمي تضوي فوق الباب و المغارة صارت تشبه سما صغيري
وقفوا على باب الرعيان يصلوا يصلوا للملك الإله



jeudi 23 décembre 2010

L'épicier Karabet (Nazim Hikmet)


Nazim Hikmet était parmi les premiers Turcs à comprendre l'ampleur tragique du génocide arménien. Privé de sa nationalité turque et réfugié dans plusieurs pays, il écrit à propos des Arméniens les vers suivants, qui paraît-il restent censurés en Turquie jusqu'à nos jours :

" Les lampes de l'épicier Karabet sont allumées,

Le citoyen arménien n'a jamais pardonné

Que l'on ait égorgé son père

Sur la montagne kurde 

Mais il t'aime,

Parce que toi non plus tu n'as pas pardonné

A ceux qui ont marqué de cette tache noire

Le front du peuple turc. "

mercredi 22 décembre 2010

L'heure du cru (roman de Azza Filali)



Je dois reconnaître une grande qualité à ce roman : il est bien écrit. Mais voilà justement ce qui pèche : en cherchant la perfection de la langue, Azza Filali est peut-être passé à côté de quelque chose d'essentiel, à savoir garder son lecteur jusqu'au bout.

Car chez elle, le plaisir de la langue est certain, mais encore faut-il aimer ce vocabulaire recherché et avoir un dictionnaire à portée de main. De plus, bien que ayant lieu à Tunis, L'heure du cru aurait pu très bien se passer à Paris ou à Bengalore. J'ai eu l'impression que le récit vole au-dessus de la réalité des personnages, sans jamais l'atteindre. Pour s'en rendre compte, il faut essayer de traduire les dialogues en arabe tunisien (langue dans laquelle ils sont censés se dérouler). Cela donne un résultat assez invraisemblable.

L'intrigue raconte la fugue d'un adolescent et la panne littéraire d'un écrivain. Le croisement des deux destins a de quoi bousculer certaines vies rangées autour d'eux...

Notons enfin, une excellente édition, très soignée, de la maison elyzad.

mardi 21 décembre 2010

Onze minutes (roman de Paulo Coelho)


Malgré un happy ending plutôt décevant (et en plus prévisible), ce livre est le roman de Paulo Coelho qui m'a le plus marqué. Ça raconte l'histoire d'une brésilienne qui arrive en Europe et qui se trouve obligée de se prostituer. On y parle surtout de sexe, mais sans vulgarité.

Ce qui m'a fasciné dans ce roman, c'est que l'auteur raconte l'histoire du point de vue de l'héroïne, Maria. Cela me semble extraordinaire qu'un écrivain homme puisse en savoir autant sur les femmes et surtout, puisse se mettre à leur place.

Cela me rappelle un autre écrivain : Stephen King, qui n'hésite pas à demander l'avis de sa femme pour construire ses personnages féminins (notamment celui de Carrie White dans Carrie).

Interrogé à propos de Onze minutes,  Paulo Coelho répondait qu'il était aussi une femme, un peu à la manière de Flaubert qui était aussi Mme Bovary ("Mme Bovary, c'est moi !").

lundi 20 décembre 2010

A Serious Man (film de Ethan et Joel Coen)


Le destin s'acharne sur Larry Gopnik. Sa femme demande le divorce, son fils écoute de la musique pendant les cours et sa fille est obsédée par son apparence physique. En ce début d'année 2010, les frères Coen nous avaient servi une excellente comédie, façon Woody Allen. Car l'absurdité, la mort, l'humour noir ainsi que la culture juive américaine font partie de ce plat cinématographique. Les amateurs du genre ne pourront qu'apprécier ce mélange détonant, surtout quand il est servi dans  l'ambiance surréaliste de 1971 avec Jefferson Airplane comme fond sonore.

dimanche 19 décembre 2010

The Genius Of The Crowd (poème par Charles Bukowski)


Voici un poème du vieux dégueulasse, Charles Bukowski. Une ode à la solitude et contre la médiocrité. 
 
Il y a quelque chose de nietzschéen dans ce poème.

Traduction de la version courte en français, trouvé sur le net (ici). Voir plus bas une version plus longue en anglais :


Il y a assez de traitrise, de haine, de violence,
D'absurdité dans l'être humain moyen
Pour approvisionner à tout moment n'importe quelle armée
Et les plus doués pour le meurtre sont ceux qui prêchent contre
Et les plus doués pour la haine sont ceux qui prêchent l'amour
Et les plus doués pour la guerre - finalement - sont ceux qui prêchent la paix

Méfiez-vous
De l'homme moyen
De la femme moyenne
Méfiez-vous de leur amour

Leur amour est moyen, recherche la médiocrité
Mais il y a du génie dans leur haine
Il y a assez de génie dans leur haine pour vous tuer, pour tuer n'importe qui

Ne voulant pas de la solitude
Ne comprenant pas la solitude
Ils essaient de détruire
Tout
Ce qui diffère
D'eux

Etant incapables
De créer de l'art
Ils ne comprennent pas l'art

Ils ne voient dans leur échec
En tant que créateurs
Qu'un échec
Du monde

Etant incapables d'aimer pleinement
Ils croient votre amour
Incomplet
Du coup, ils vous détestent

Et leur haine est parfaite
Comme un diamant qui brille
Comme un couteau
Comme une montagne
Comme un tigre
Comme la ciguë
Leur plus grand art.



Version longue, en anglais :


there is enough treachery, hatred violence absurdity in the average
human being to supply any given army on any given day

and the best at murder are those who preach against it
and the best at hate are those who preach love
and the best at war finally are those who preach peace

those who preach god, need god
those who preach peace do not have peace
those who preach peace do not have love

beware the preachers
beware the knowers
beware those who are always reading books
beware those who either detest poverty
or are proud of it
beware those quick to praise
for they need praise in return
beware those who are quick to censor
they are afraid of what they do not know
beware those who seek constant crowds for
they are nothing alone
beware the average man the average woman
beware their love, their love is average
seeks average

but there is genius in their hatred
there is enough genius in their hatred to kill you
to kill anybody
not wanting solitude
not understanding solitude
they will attempt to destroy anything
that differs from their own
not being able to create art
they will not understand art
they will consider their failure as creators
only as a failure of the world
not being able to love fully
they will believe your love incomplete
and then they will hate you
and their hatred will be perfect

like a shining diamond
like a knife
like a mountain
like a tiger
like hemlock

their finest art

samedi 18 décembre 2010

Identité (Jean Frémon)

(Extrait de la préface de Trilogie new-yorkaise de Paul Auster, par Jean Frémon)

Je me souviens d'un dessin humoristique paru dans un journal italien, il montrait un personnage anonyme qui se regarde dans la glace d'une armoire en se tenant le menton dans une attitude de perplexité. Et la légende disait à peu près cela : "Mon Dieu ! Mais ce n'est pas moi, j'ai dû me perdre dans la foule !"

Ce sont des choses qui arrivent, nous ne nous reconnaissons plus, nous nous pinçons pour nous éveiller d'un rêve, mais c'est en rêve que nous nous pinçons. A chaque instant, nous faisons des gestes qui ne sont pas les nôtres, nous prononçons des mots qui appartiennent à d'autres, nous imitons les intonations ou les expressions de ceux qu'inconsciemment nous désirons être. Essayer d'être un autre est une façon d'être soi-même. Avec un peu de constance, il est possible d'y parvenir. Et se reconnaître dans un autre est certainement aussi troublant que de ne pas se reconnaître soi-même. "Une minute nous sommes une chose et la suivante une autre chose", dit Paul Auster, ou encore : "Là où je ne suis pas est l'endroit où je suis moi-même".

vendredi 17 décembre 2010

Vers l'âge d'homme (roman de J. M. Coetzee)


(Titre original : Youth)

Rares sont les livres que je lis d'une seule traite et celui-ci en fait partie.

Avant de devenir Prix Nobel de littérature, J. M. Coetzee était mathématicien sud-africain immigré en Angleterre. Il a travaillé notamment chez IBM avant de commencer à publier des romans. Cet homme avait une envie folle de se réaliser, de quitter son pays meurtri par l'apartheid et sa famille et écrire sa propre histoire. Il a dû tâtonner avant de trouver sa vocation. Ce qu'il raconte dans ce livre, ce sont les années qui s'étalent de la fin de l'adolescence jusqu'à l'approche de la trentaine. Un âge où on cherche à devenir mature. Mais au final, la maturité signifie-t-elle un changement radical, ou juste redevenir soi-même mais plus profondément ? 

Au vue de son parcours et de son histoire racontée dans ce roman, j'ai parfois l'impression que son Afrique du Sud est ma Tunisie et que son Londres est mon Paris.

jeudi 16 décembre 2010

L'autre c'est moi


Par une belle matinée d'hiver je sors de chez moi pour aller travailler. Il est huit heures passées et avant de prendre le métro je passe au bureau de poste de mon quartier. Je perds un bon quart d'heure à faire la queue pour constater ensuite qu'ils ont tout simplement perdu le colis que j'attendais. Je me dépêche donc d'aller à la station de métro la plus proche. Je prends la première rame qui passe. Une station après, juste à la station où j'ai l'habitude de prendre mon métro chaque matin, je le vois monter. J'hésite à lui parler. Qu'est-ce que je vais lui dire ? "Tu es moi" ? Il ne me croira pas. "Tu étais à la poste à l'instant même, je le sais car je suis toi ?".

Il va me prendre pour un fou. Je le laisse poursuivre sa route. Je glisse à l'extérieur du métro dès la station d'après. Heureusement, personne ne remarque la ressemblance entre nous deux. Comme il va travailler à ma place, alors je pourrai chercher autre chose pour occuper ma belle matinée d'hiver.

mercredi 15 décembre 2010

Un panthéon pour les professeurs



"Les bienfaiteurs de l'humanité méritent congrûment l'honneur et la commémoration. Édifions un panthéon pour les professeurs. Il faudrait qu'il fût situé parmi les ruines d'une des villes éventrées d'Europe ou du Japon, et au-dessus de l'entrée de l'ossuaire, j'inscrirais, en lettres de deux mètres de haut, ces simples mots :
AU SOUVENIR 
DES EDUCATEURS DU MONDE
SI MONUMENTUM REQUIRIS,
CIRCUMPSPICE"

Aldous Huxley
Extrait d'une nouvelle préface
parue en 1946 pour son roman
Le Meilleur des mondes

mardi 14 décembre 2010

Le Meilleur des mondes (roman de Aldous Huxley)




Publié en 1932, ce roman d'anticipation a influencé plusieurs œuvres littéraires et cinématographiques de la seconde moitié du XXème siècle. De nos jours, il sert toujours de référence pour certains auteurs, comme par exemple chez Michel Houellebecq ou Frédéric Beigbeider. Le slogan "Bienvenue dans le meilleur des mondes" renvoie directement au titre de ce roman, lui même inspiré par Candide de Voltaire : "Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles".

Dans ce roman, Aldous Huxley imagine que dans le futur, le visage du monde va radicalement changer. On fabriquera les humains dans des usines et la procréation par voie naturelle sera immorale, voire illégale. Une longue scène au début du livre décrit le long processus de fabrication des êtres humains dans une usine, près de Londres. Cette manière de fabriquer les humains permet entre autres d'en faire des classes sociales bien distinctes par leurs capacités physiques et intellectuelles. Ainsi, on trouvera des Alpha, des Bêta, des Gamma, des Delta et des Epsilon. Dans ce monde, il vaut mieux être un Alpha-plus qu'un Epsilon semi-avorton !

L'intrigue tourne autour d'un sauvage (né par des moyens plus classiques, en dehors du monde civilisé) qui se retrouve au milieu de la civilisation. Aldous Huxley fait des projections pessimistes sur le devenir de la race humaine, et il se demande au début du livre si la question n'est pas plutôt d'éviter la réalisation définitive des utopies, et non comment les réaliser.

Malgré la valeur intellectuelle incontestable de ce roman, et malgré des prouesses stylistiques certes prodigieuses de son auteur (jouant sur des références littéraires en anglais, difficilement traduisibles en français), j'ai personnellement trouvé ce roman un peu ennuyeux. Je pense que nous avons vu tellement de films de science-fiction dans notre enfance qu'à côté de cela un roman écrit il y a 80 ans paraît tellement lent...

lundi 13 décembre 2010

L'étrange histoire d'Emile Ajar


Pour une raison obscure j'ai toujours imaginé que Romain Gary était le pseudonyme d'un certain Emile Ajar. Non seulement je me trompais, car c'est Ajar qui était le pseudonyme de Gary et non l'inverse, mais la vraie histoire se révéla beaucoup plus fascinante que celle d'un simple pseudonyme.

En voici la version officielle à l'époque :

En 1974, Romain Gary (qui est lui-même le pseudonyme de Roman Kacew) est un écrivain vieillissant. Depuis le prix Goncourt qu'il a remporté en 1956, il a publié pas moins de vingt livres. Il est devenu démodé, trop connu par le public et par la critique. En cette année il publie un roman sous un autre pseudonyme, Shatan Bogat, mais rapidement il révèle la mystification et dévoile la vraie identité de Bogat. Il écrira encore six livres avec son pseudonyme courant, Romain Gary, jusqu'à sa mort en 1980.

Emile Ajar est le pseudonyme d'un jeune écrivain qui remporte le prix Goncourt en 1975 pour son deuxième roman, "La Vie devant soi". Personne, à part l'éditeur, ne sait qui est vraiment Emile Ajar. On dit qu'il vit à l'étranger, qu'il a des problèmes avec la justice et qu'il préfère rester loin de la presse et des médias. Mais les gens veulent connaître l'identité de cette star montante. La persévérance des journalistes a fini par dévoiler le mystère ; ils identifient le jeune Ajar à un certain Paul Pavlowitch, un proche de Romain Gary. Furieux que sa vraie identité soit découverte, Pavlowitch s'isole pour écrire. Il publie un livre intitulé "Pseudo", dans lequel il raconte des tranches de sa vie et parle, au passage, de son oncle, Gary. Au total, Emile Ajar a publié 4 livres entre 1974 et 1979.

Et voici la vérité des faits, telle qu'elle a été dévoilée au public après la mort de Romain Gary :

En 1974 Romain Gary publie non pas un mais deux livres sous 2 pseudonymes différents : Shatan Bogat et Emile Ajar ! Et contrairement à Bogat qui n'a pas survécu, Ajar lui, continue d'exister sans que personne ne fasse le lien avec Romain Gary. Pendant six ans, Gary a continué à tirer les ficelles dans l'ombre en créant le personnage public d'Emile Ajar. A côté de son oeuvre officielle (en français et en anglais), Gary écrit des romans pour Emile Ajar et au même temps il invente sa biographie. Il crée simultanément l'œuvre et le romancier. Car Emile Ajar était un personnage comme n'importe quel personnage de roman, sauf qu'il était un personnage réel qui a vécu dans la vraie vie. Il a gagné le Goncourt et a donné des interviews à des journalistes. Il a même un visage, celui  de Paul Pavlowitch.

Romain Gary ne dévoile le mystère qu'après sa mort dans un livre posthume, "Vie et mort d'Emile Ajar". Pavlowitch, qui lui n'a jamais rien écrit ni publié de sa vie, écrira aussi sa version de l'histoire, "L'Homme que l'on croyait".

Grâce à cette mystification, Romain Gary est devenu le seul écrivain à avoir obtenir le Goncourt 2 fois (cela est interdit dans le règlement de ce prix). Il a réussi à créer un personnage qui n'était rien d'autre qu'un autre écrivain, plus jeune et aussi talentueux. Il a réussi l'ultime prouesse à laquelle un écrivain peut prétendre : l'acte de créer, comme une dernière boutade à la vie, avant de rejoindre l'éternité.

dimanche 12 décembre 2010

Définition du roman, par Milan Kundera



"Roman. La grande forme de la prose où l'auteur, à travers des ego expérimentaux (personnages), examine jusqu'au bout quelques thèmes de l'existence."
L'art du roman

samedi 11 décembre 2010

Machete (film de Robert Rodriguez et Ethan Maniquis)


Machete est un film qui ne déçoit pas, et pour cause ! On y retrouve Jessica Alba nue, de même que Lindsay Lohan. La belle Michelle Rodriguez y joue le chef d'un réseau de clandestins au Texas. On y croise aussi Steven Seagal et Robert DeNiro, excusez du peu ! Quant au premier rôle, il revient à Danny Trejo, une gueule mexicaine qu'on a déjà dû voir au Twitty Twister, le temps d'Une nuit en enfer...

Avec ce film, il ne faut pas chercher très loin. Il s'agit d'un pur moment de divertissement, avec certaines scènes franchement jubilatoires. Faussement politique, (les questions de l'immigration, du trafic des drogues et de la corruption n'y sont évoquées que pour servir de prétextes à la vengeance meurtrière de Machete), ce film est un beau cadeau de fin d'année que Robert Rodriguez fait aux amoureux du style tarantinesque*.
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* Tarantinesque : Adj., par référence à Quentin Tarantino, cinéaste américain.

vendredi 10 décembre 2010

Vous revoir (roman de Marc Levy)






(Avertissement : si vous êtes fan de Marc Levy, merci de ne pas lire ce qui va suivre).

Je me suis forcé à lire un Marc Levy. A chaque sortie de l'un de ses romans, les stations de métro parisiennes se remplissent d'affiches annonçant l'évènement. Impossible de passer à côté. Et puis, le nombre de gens qui vous parlent de ça. Il fallait que j'essaie moi aussi pour me faire ma propre opinion. 

C'est vrai qu'on m'a conseillé le tout premier, Si c'était vrai. Mais un jour, alors que je flânais dans une libraire de livres d'occasions, je suis tombé sur Vous revoir. Je me suis dit que ça pourrait faire l'affaire, et je l'ai acheté pour moins de deux euros. Un mois plus tard, je l'ai enfin mis dans mon sac à dos pour le lire dans le métro en allant au boulot.


Si je réussis a franchir le premier tiers d'un roman, il est rare -voire impossible- que je ne le finisse pas. Pourtant, avec Vous revoir, je me suis arrêté à une dizaine de pages de la fin. Je n'étais plus curieux d'en connaître la fin, tant elle était prévisible.

Marc Levy est peut-être un bon technicien. La narration est fluide, mais l'histoire est plus que banale. Certains personnages ainsi que certaines scènes sont de purs clichés. C'est peut-être bien pour un film commercial hollywoodien, moyennement bon, mais pas pour un roman. De mon point de vue, ce n'est pas brillant, pour ne pas dire autre chose... 

Je sais maintenant que je ne lirai plus Marc Levy. Maintenant je sais en parler parce que je l'ai lu ! Du reste, je garderai un souvenir tendre de cette première page qui m'a beaucoup touché. Cette page n'était pas écrite de la main de Marc Levy, mais d'une parfaite inconnue.



jeudi 9 décembre 2010

Inception (film de Christopher Nolan)



Leonardo DiCaprio n'a pas chômé en 2010 : après Shutter Island, il a joué dans le brillant Inception, film labyrinthique sur la possibilité d'agir sur les rêves des autres. Favorablement accueilli par la critique et par le public, ce film raconte comment les rêves s'emboîtent les uns dans les autres, comment leur scénario peut être écrit et prémédité et comment leur architecture peut être dessinée par de vrais architectes. Le tout dans le but pas franchement très éthique d'agir sur le subconscient du rêveur afin de modifier ses désirs et ses actions futures...

Bien qu'il soit à la hauteur de sa réputation, il n'en reste pas moins une grosse production hollywoodienne. Ce que j'ai personnellement regretté dans ce rêve qui dure deux heures et demie, c'est le manque de profondeur intellectuelle. En effet, le thème choisi aurait pu donner lieu à toutes sortes de digressions philosophiques et psychologiques sur les manifestations de l'inconscient et sur le rôle des rêves dans nos vies. Mais comme souvent, le spectaculaire, a primé sur tout le reste...

mercredi 8 décembre 2010

Shutter Island (film de Martin Scorsese)






"Which would be worse,
to live as a monster or die as a good man?"

Un thriller psychologique qui nous prend en otage. Un scénario bien ciselé (adapté d'un roman du même titre). Un jeu d'acteur excellent (Leonardo DiCaprio, Ben Kingsley, Mark Ruffalo). Une histoire qui se déroule dans un asile psychologique, avec des patients en fuite, des souvenirs de guerre refoulés et des enquêteurs qui ne cherchent qu'une chose : la vérité.

Sans doute, l'un des meilleurs film de l'année 2010.

mardi 7 décembre 2010

L'autonomie du roman (extrait de Le monde romanesque de Milan Kundera, de Kvetoslav Chvatik)



"La connaissance que transmets le roman n'existe pas avant sa création ni en dehors de sa forme concrète ; on ne peut pas la transposer sur un autre niveau discursif, c'est-à-dire dans le langage de la philosophie, de la sociologie ou d'un essai critique. L'interprétation critique du sens d'une œuvre romanesque demeure toujours exclusivement l'orientation personnelle vers une certaine lecture de l'œuvre. - Le sens intégral du roman ne se confond pas avec les idées et les conceptions de l'auteur telles qu'ils les exprime dans des essais, des articles, sa correspondance ou des entretiens. Le romancier n'illustre pas dans son œuvre une théorie particulière comme l'essayiste, il n'est pas non plus fasciné par son expérience subjective et par ses propres créations langagières comme le poète, il se laisse plutôt guider par la logique de ses personnages et de leur histoire, par la logique de la forme romanesque. Intuitivement et par tâtonnements, à l'aide de la forme romanesque, il dévoile et modèle toujours de nouveaux aspects de l'existence humaine."

lundi 6 décembre 2010

Uzun İnce Bir Yoldayım (chanson de Aşık Veysel)



Voici l'un des chanteurs turcs les plus populaires du siècle dernier : Aşık Veysel, de son vrai nom Veysel Şatıroğlu (1894 - 1973).

Aşık Veysel était un poète, chanteur, compositeur et joueur de saz (instrument traditionnel turc). Il était aveugle dès son plus jeune âge et à la fin de sa vie il était devenu un symbole national pour les Turcs.

A noter que "Aşık" (troubadour) a une origine arabe : عاشق .

J'ai connu cette chanson en mars 2009, lors d'une soirée inoubliable dans un bar à Istanbul, pas loin d'Istiklal Caddesi...

Le titre signifie : "sur une route longue et étroite".

samedi 4 décembre 2010

Autobiographie (poème de Nazîm Hikmet)


Nazîm Hikmet (1902-1963) a écrit ce poème deux ans avant sa mort. Il y raconte des bribes de sa vie marquée par la prison et l'exil (il a été privé de sa nationalité turque pour communisme).

Ses poèmes respirent la vie et la liberté. De la simplicité de ses vers se dégage une beauté innocente, qui a inspiré nombre de poètes arabes, parmi lesquels figure Nizar Qabbani.


Je suis né en 1902
Je ne suis jamais revenu dans ma ville natale
Je n'aime pas les retours.
A l'âge de trois ans à Alep, je fis ma profession de petit-fils de pacha
à dix-neuf ans, d'étudiant à l'université communiste à Moscou
à quarante-neuf ans à Moscou, d'invité du Comité Central,
et depuis ma quatorzième année, j'exerce le métier de poète
Il y a des gens qui connaissent les diverses variétés de poissons
moi celles des séparations.
Il y a des gens qui peuvent citer par coeur le nom des étoiles,
moi ceux des nostalgies.
J'ai été locataire et des prisons et grands hôtels,
J'ai connu la faim et aussi la grève de la faim et il n'est pas de mets dont j'ignore le goût.
Quand j'ai atteint trente ans on a voulu me pendre,
à ma quarante huitième année on a voulu me donner le Prix mondial de la Paix
et on me l'a donné.
Au cours de ma trente-sixième année, j'ai parcouru en six mois quatre mètres carrés de béton.
Dans ma cinquante-neuvième année j'ai volé de Prague à La Havane en dix-huit heures.
Je n'ai pas vu Lénine, mais j'ai monté la garde près de son catafalque en 1924.
En 1961 la mausolée que je visite, ce sont ses livres.
On s'est efforcé de me détacher de mon Parti
ça n'a pas marché
Je n'ai pas été écrasé sous les idoles qui tombent.
En 1951 sur une mer, en compagnie d'un camarade, j'ai marché vers la mort.
En 1952, le coeur fêlé, j'ai attendu la mort quatre mois allongé sur le dos.
J'ai été fou de jalousie des femmes que j'ai aimées.
Je n'ai même pas envié Charlot pour un iota.
J'ai trompé mes femmes
Mais je n'ai jamais médit derrière le dos de mes amis.
J'ai bu sans devenir ivrogne,
Par bonheur, j'ai toujours gagné mon pain à la sueur de mon front.
Si j'ai menti c'est qu'il m'est arrivé d'avoir honte pour autrui,
J'ai menti pour ne pas peiner un autre,
Mais j'ai aussi menti sans raison.
J'ai pris le train, l'avion, l'automobile,
La plupart des gens ne peuvent les prendre.
Je suis allé à l'opéra
la plupart des gens ne peuvent y aller et en ignorent même le nom,
Mais là où vont la plupart des gens, je n'y suis pas allé depuis 1921 :
à la Mosquée, à l'église, à la synagogue, au temple,
chez le sorcier,
mais j'ai lu quelquefois dans le marc de café.
On m'imprime dans trente ou quarante langues
Mais en Turquie je suis interdit dans ma propre langue.
Je n'ai pas eu de cancer jusqu'à présent,
On n'est pas obligé de l'avoir
je ne serai pas Premier ministre, etc.
et je n'ai aucun penchant pour ce genre d'occupation.
Je n'ai pas fait la guerre,
Je ne suis pas descendu la nuit dans les abris,
Je n'étais pas sur les routes d'exode,
sous les avions volant en rase-mottes,
mais à l'approche de la soixantaine je suis tombé amoureux.
En bref, camarade,
aujourd'hui à Berlin, crevant de nostalgie comme un chien,
Je ne puis dire que j'ai vécu comme un homme
mais le temps qu'il me reste à vivre,
et ce qui pourra m'arriver
qui le sait ?

Nâzim HIKMET


Berlin-Est, le 11 septembre 1961

vendredi 3 décembre 2010

Le Voyage d'Anna Blume (roman de Paul Auster)



Ce roman de Paul Auster se déroule dans un cadre qui ne s'éloigne pas beaucoup de l'univers des tableaux de Beksinski : une ville apocalyptique suite à une catastrophe dont on connaît peu de choses. Une jeune fille (Anna Blume) y cherche son frère qui ne donne pas de nouvelles depuis des années.

Je préfère le titre en anglais : the Country of the last things. Car il s'agit en effet de raconter l'histoire des toutes dernières choses. Les dernières choses qui disparaissent pendant la chute d'une civilisation (la nôtre). Mais ce qui est vraiment étonnant, c'est que d'autres choses continuent d'exister. L'être humain révèle tous ses bons et ses mauvais côtés et la bêtise reste la même, autant que l'amour et la violence.

Pour les amoureux de Paul Auster, il ne s'agit sûrement pas de son meilleur roman, mais c'est une belle illustration de son style et de son talent.

jeudi 2 décembre 2010

Zdzisław Beksiński (artiste-peintre)




Généralement indifférent à la peinture (par paresse et par manque d'occasions), je fus frappé par la découverte des tableaux de Beksinski, un artiste-peintre polonais mort en 2005.

Ces tableaux dépeignent en général des paysages apocalyptiques, post-nucléaires, sans espoir. Impossible de rester indifférent devant tant de monstruosités. Certains tableaux particulièrement sombres donnent des frissons. Grâce à la magie d'internet, on peut visiter son musée virtuel à cette adresse : beksinski.dmochowskigallery.net

mercredi 1 décembre 2010

The Hollow men (poème de T. S. Eliot)


Pour continuer avec la poésie en général, et la poésie en anglais en particulier, voici un poème de T.S. Eliot qui a servi de référence dans des œuvres cinématographiques majeures comme Apocalypse Now.

Son auteur, T. S. Eliot, est un américain qui a émigré en Grande-Bretagne et qui a obtenu le Prix Nobel de littérature en 1948. Il écrit ce poème très sombre en 1922, dans un contexte marquée par la fin de la première guerre mondiale. Il le publie dans un recueil intitulé The Waste Land (La Terre vaine).

Les images sont époustouflantes par leur noirceur. Aucune lueur d'espoir. On dirait un tableau de Beksinski...

Je publie ici la partie I du poème (il y a 5 parties mais la partie I est ma préférée), en français et en version originale en anglais.

Traduction en français :

Nous sommes les hommes creux
Les hommes empaillés
Cherchant appui ensemble
La caboche pleine de bourre. Hélas !
Nos voix desséchées, quand
Nous chuchotons ensemble
Sont sourdes, sont inanes
Comme le souffle du vent parmi le chaume sec
Comme le trottis des rats sur les tessons brisés
Dans notre cave sèche.

Silhouette sans forme, ombre décolorée,
Geste sans mouvement, force paralysée ;

Ceux qui s’en furent
Le regard droit, vers l’autre royaume de la mort
Gardent mémoire de nous – s’ils en gardent – non pas
Comme de violentes âmes perdues, mais seulement
Comme d’hommes creux
D’hommes empaillés.


Poème original, en anglais :
We are the hollow men
We are the stuffed men
Leaning together
Headpiece filled with straw. Alas!
Our dried voices, when
We whisper together
Are quiet and meaningless
As wind in dry grass
Or rats’ feet over broken glass
In our dry cellar

Shape without form, shade without colour,
Paralysed force, gesture without motion;

Those who have crossed
With direct eyes, to death’s other Kingdom
Remember us—if at all—not as lost
Violent souls, but only
As the hollow men
The stuffed men.


mardi 30 novembre 2010

Bluebird (poème de Charles Bukowski)


Dans le précédent post, je disais que Buk, ce vieil ivrogne dégueulasse avait un cœur d'enfant. En voici la preuve, avec ce beau poème intitulé "Bluebird".

Je préfère de loin la version originale en anglais, mais je publie également une traduction en français trouvée sur le net (ici)


il y a dans mon coeur un oiseau bleu qui
veut sortir
mais je suis trop coriace pour lui,
je lui dis, reste là, je ne veux pas
qu'on te voie.

il y a dans mon coeur un oiseau bleu qui
veut sortir
mais je verse du whisky dessus et tire
une bouffée de cigarette
et les putains et les barmen
et les employés d'épicerie
ne savent pas
qu'il est
là.

il y a dans mon coeur un oiseau bleu qui
veut sortir
mais je suis trop coriace pour lui,
je lui dis,
tiens-toi tranquille, tu veux me fourrer dans le
pétrin ?
tu veux foutre en l'air mon
boulot ?
tu veux faire chuter les ventes de mes livres en
Europe ?

il y a dans mon coeur un oiseau bleu qui
veut sortir
mais je suis trop malin, je ne le laisse sortir
que de temps en temps la nuit
quand tout le monde dort.
je lui dis, je sais que tu es là,
alors ne sois pas triste.

puis je le remets,
mais il chante un peu
là-dedans, je ne le laisse pas tout à fait
mourir
et on dort ensemble comme
ça
liés par notre
pacte secret
et c'est assez beau
pour faire pleurer, mais
je ne pleure pas,
et vous ?



Version originale, en anglais :

There’s a bluebird in my heart that
wants to get out
but I'm too tough for him,
I say, stay in there, I'm not going
to let anybody see
you.

there's a bluebird in my heart that
wants to get out
but I pour whiskey on him and inhale
cigarette smoke
and the whores and the bartenders
and the grocery clerks
never know that
he's
in there.

there's a bluebird in my heart that
wants to get out
but I'm too tough for him,
I say,
stay down, do you want to mess
me up?
you want to screw up the
works?
you want to blow my book sales in
Europe?

there's a bluebird in my heart that
wants to get out
but I'm too clever, I only let him out
at night sometimes
when everybody's asleep.
I say, I know that you're there,
so don't be
sad.

then I put him back,
but he's singing a little
in there, I haven't quite let him
die
and we sleep together like
that
with our
secret pact
and it's nice enough to
make a man
weep, but I don't
weep, do
you?

lundi 29 novembre 2010

Contes de la folie ordinaire (recueil de contes de Charles Bukowski)


Charles Bukowski est l'écrivain américain qui a vomi sur le plateau de Bernard Pivot en 1978. C'est un vieil ivrogne dégueulasse, souvent en pyjama, capable d'écrire des merveilles que ce soit en prose ou en poésie.

Dans les contes de la folie ordinaire, Bukowski raconte la vie vraie. Il s'agit de plusieurs histoires inspirées par sa vie très chaotique ; sexe, alcool, chômage et errance...

C'est trash, c'est cru, mais c'est beau. Mon histoire préférée est la toute première du livre, qui met en scène une très belle prostituée qui partage la vie de l'auteur et qui connaît une fin tragique.

Buk, cet ivrogne en pyjama crade avait un cœur d'enfant.

dimanche 28 novembre 2010

Carrie (film de Brian de Palma)


(Titre français : Carrie au bal du diable)


Le roman de Stephen King a donné lieu, moins de trois ans après sa sortie (en 1976), à une adaptation au cinéma signée Brian de Palma.

Ce film fantastique ne reproduit pas l'histoire racontée dans le livre à l'identique. La fin, bien que tout autant tragique, y est différente. Et comme souvent, le film est moins profond que le livre ; puisque l'approche psychologique du cas Carrieta White (et des autres personnages) y est moins présente. La structure originale de l'œuvre écrite (alternance entre coupures de presse, extraits de livres et récits) se perd dans le film. A la place, nous avons droit à une majestueuse scène du bal où le suspense va atteindre son paroxysme. De Palma nous fait savourer un moment jouissif, quand Carrie va se venger de tout le monde...

Un des grands classiques de l'épouvante, et aussi un des tout premiers films du jeune John Travolta...

samedi 27 novembre 2010

Carrie (roman de Stephen King)


Allez comprendre pourquoi le charmant Tommy Ross invite sa camarade de classe Carrie White pour l'accompagner au bal de printemps. Pourtant cette Carrie White n'est pas faite pour les bals. Elle n'est pas jolie et ses camarades de classe la détestent. et se moquent tout le temps d'elle. D'ailleurs, sur un mur, au lycée, on peut lire cette phrase chargée de violence et de haine :

Carrie White eats shit

Pourquoi tant de haine ? Et surtout, qu'est ce qui fait que dans toute cette violence ordinaire quelque chose d'extraordinaire va surgir ? Quelque chose comme le pouvoir télékinétique de Carrie White, ou comme le génie de Stephen King...

vendredi 26 novembre 2010

Ecrire est toujours prétentieux

Chaque jour, pas moins de 100.000 blogs sont créés de par le monde.

Un nombre incalculable de mots est publié sur le web.

Des millions de posts, des milliards de commentaires. Le nombre de lettres tapées sur les claviers se compare avec le nombre d'atomes dans le système solaire.

Le nombre d'idées publiées chaque jours est astronomique.

Et dans tout ça, chacun croit que son idée est nouvelle. Chacun croit que sa phrase est la plus belle et que son blog est le plus original.

Alors, écrire ? Pourquoi faire ? Et de surcroît, lancer un blog ?

N'êtes-vous pas prétentieux à vouloir écrire et publier et en plus vous exigez qu'on vous lise ! Non, laissez-moi rire ! Qui a le temps pour ça ? Non, franchement ? Vous avez le temps vous de lire des conneries sur des blogs ?

Vous croyez que votre petite personne (voix inaudible parmi sept milliards) va être écoutée. Vous imaginez que vous avez le pouvoir de changer le monde alors que le pouvoir ne vous appartient pas.

Cela ne sert à rien. Si vous voulez écrire alors vous êtes un prétentieux. Le monde ne va pas changer par vous. Il continuera à tourner et vous continuerez à subir votre vie et non à la vouloir. Vous continuerez à laisser les autres parler pour vous, puisque vous ne voulez pas parler.

Renoncez à votre droit de choisir, il y en a d'autres qui choisiront pour vous ! Acceptez votre condition faible, soumise, silencieuse. Marchez avec les autres. Ne dites pas ce que vous avez à dire. Gardez-le pour vous et taisez-vous à jamais !

jeudi 25 novembre 2010

Les échelles du Levant (roman de Amin Maalouf)


Décidément, il ne s'agit pas du meilleur roman de Amin Maalouf. Nous sommes loin de l'atmosphère de Léon l'Africain ou de Samarcande. Ici l'histoire se passe au XXème siècle, entre la Turquie, le Liban et la France. On n'est pas en présence de Al-Hassan Al-Wazzan, ni de Omar Al-Khayyam. Ici, c'est un héros de la Libération qui tient la place du personnage principal.

Ce roman se lit bien, car Amin Maalouf est incontestablement un bon romancier. Néanmoins il est trop chargé pour un petit roman. Le cadre historique contient des évènements aussi importants que le génocide arménien, la résistance en France pendant la guerre, la guerre de 48 en Palestine, la guerre du Liban...

La descente aux enfers du personnage principal est aussi inattendue que surprenante. Elle culmine lors de son internement dans un asile. Un des moments les plus marquants du livre...

mercredi 24 novembre 2010

Chacun sa merde !

Si vous connaissez Paris alors vous me connaissez déjà. Du moins, vous m'avez déjà croisé dans une rame de métro ou dans un bar à Bastille. Je suis le jeune cadre dynamique en costard cravate. Je porte mon PC sur mon dos, comme un parfait nomade. J'ai toujours des écouteurs aux oreilles. Je passe la journée et une partie de la soirée dans des bureaux surchauffés dans des tours à la Défense. Le reste du temps, je mange des surgelés dans mon studio dans un quartier bobo de l'est de Paris.

Je fais des after work certains jeudis, j'ai une carte FNAC, une American Express et évidemment, un iPhone. J'ai aussi une carte UGC, je suis abonné au Club Med Gym, je vais à des anniversaires et à des crémaillères les samedis soirs et je ne rate jamais un télé foot le dimanche matin.

C'est pas moi qui vais me plaindre de la vie. Au moins, moi j'ai un boulot. D'autres n'ont pas cette chance, surtout au bled, où plein d'anciens copains sont restés. Alors aujourd'hui on vient me parler de Ammar, mais moi qu'est-ce que j'en ai à foutre de celui-là ? Je ne le connais même pas. Et puis qui est ce Salah que Ammar ne veut pas lâcher ?

Ici internet marche, et grâce à mon abonnement Freebox (29,99€/mois tout compris) je n'ai pas besoin de proxy pour accéder à YouTube et à Dailymotion (en haut débit, 20 Mo/s). Alors de grâce, foutez-nous la paix. Chacun sa merde !

mardi 23 novembre 2010

L'Histoire de Pi (roman de Yann Martel)

Un bateau qui transporte les animaux d'un zoo sombre dans le Pacifique. Seul un adolescent (le fils du directeur), survit. Il passe plusieurs mois dans un canot de sauvetage, en compagnie d'un tigre royal du Bengale !

Le tigre s'appelle Richard Parker. L'enfant s'appelle Piscine Molitor Patel. Ce roman est le récit de leur aventure dans l'Océan Pacifique. On y apprend beaucoup de choses sur les religions et sur les animaux. La fin de l'histoire est extraordinaire, inattendue. Yann Martel a un grand talent !

lundi 22 novembre 2010

Elle (roman de Henry Rider Haggard)

Ce roman d'aventure (une sorte d'Indiana Jones avant l'heure) est une réponse à la question : "qui est Elle ?". Elle faisant référence à tout ce qui est féminin, à l'archétype même de la femme, de la vie, ce que Jung appelle l'Anima, "l'archétype de la vie en soi".

L'héroïne de ce roman a vécu deux milles ans. Elle a accès à la source éternelle de la Vie et vit cachée, dans les cavernes d'une cité mystérieuse, au cœur de l'Afrique. Elle, l'EternELLE, qu'on appelle aussi Celle-qui-doit-être-obéie. Elle est belle, jalouse, amoureuse, sage, méchante, cruelle et terrifiante.

Elle. Un roman d'aventures aux interprétions très psychologiques, et ô combien, modernes. Un chef-d'œuvre.

dimanche 21 novembre 2010

L'homme qui voulait vivre sa vie (film de Eric Lartigau)

Un beau film, une histoire tronquée, sans fin. A vous de chercher la suite. Vous comprendrez que la vie est un piège. Et ce sera à vous de répondre à la question suivante : Vouloir vivre sa vie, est-ce trop demander à la vie ?

samedi 20 novembre 2010

Père et fils

Quand le fils ne supportait plus son père, et quand le père en avait marre de son fils, ils se quittèrent tous les deux d’un commun accord. Mais au bout de longues années, lorsque le fils devint lui-même père, et le père, lui, l’ombre pâle et voûtée de lui-même, le fils du premier –et petit-fils du deuxième- en a eu marre des deux et les quitta, d’un commun accord. Alors le père ne comprenait plus rien. N’avait-t-il pas cherché à être le meilleur des fils pour son père, et le meilleur des pères pour son fils ? Il se demanda que faire en attendant le retour de son fils, et ne trouva pas mieux que d’aller s’occuper de son vieux père, comme si c’était son fils.

vendredi 19 novembre 2010

Phénix

Je souffle sur les cendres grises de mon quotidien et je vois apparaître sous la masse poussiéreuse des jours de vifs éclats lumineux. Plus je souffle plus la lumière devient intense. Dans mon enthousiasme, je réalise que ces morceaux de lumière ne sont rien d'autres que mes rêves que j'ai tant abandonnés. J'avais l'habitude de les laisser sur le lit, le matin en me levant. Parfois, je les cachait sous l'oreiller et dès que le jour se lève ils sombraient dans l'oubli.

Je souffle encore et peu importe si la poussière remplit l'air autour de moi. Les morceaux de lumière deviennent de plus en plus éclatantes. En réalité, derrière ces cendres se cache un soleil splendide. Maintenant je n'abandonnerai plus mes rêves le matin sur mon oreiller. Et seulement quand comprends cela, j'entends un battement qui fait trembler les terres et les cieux. Cela vient des profondeurs de la terre, ou des profondeurs de moi-même ? Est-ce bien un coeur que j'entends battre ?

Je vois devant mes yeux éblouis se déployer deux magnifiques ailes de feu. Une étrange créature aux yeux rouges se dresse devant moi. Toute cette fureur me remplit d'effroi et je ne sais dire comment une telle créature aurait pu surgir des cendres inertes, et comment, pendant toute ces années, une telle splendeur a pu se dérober à ma vue.

jeudi 18 novembre 2010

Ecrire libère

Je tiens, comme tous les matins, ce livre dans mes mains et chaque page que je tourne me remplit d'un espoir nouveau. Vais-je enfin retrouver cette fureur des mots premiers, qui m'avait rempli de tant d'espérances ? Vais-je retrouver ce déferlement des phrases qui s'arrachent de la blancheur de la page, tels la vie s'arrachant au néant ? Et toutes ces promesses, toutes ces murmures, toutes ces caresses que les premières lignes m'avaient solennellement offert, où sont-elles à présent ?

Les pages ne m'offrent qu'un encombrement de mots pressés, agencés à la va vite, racontant l'histoire ordinaire d'un type ordinaire, dans un monde ordinaire. Pourtant, je tenais entre mes mains le roman le plus fantastique qui n'ait jamais été écrit. Le roman de la vie. De ma vie. Comment se fait-ils qu'elle soit aussi grise ?

Je feuillette le reste du roman. J'en suis encore au début mais déjà complètement las et épuisé. La suite est attendue, ennuyeuse, fade comme les jours qui succèdent aux jours. Comme si tout était déjà écrit depuis longtemps, de la manière la plus plate, la plus banale qui soit. J'eus une nostalgie soudaine des débuts, le désir de tout réécrire. De tout recommencer. Le désir de tenir la main du destin.

Je prends mon crayon et commence à gribouiller des mots dans la marge des pages. Je commence à raturer les mots qui ne me plaisent pas, corriger certaines expressions maladroites, voire réécrire des paragraphes entiers. J'écris avec des lettres très petites, car j'ai peu d'espace. De plus, je crains que les autres lisent ce que j'écris et qu'ils puissent s'en moquer.

Au fil des pages les mots que j'écris deviennent de plus en plus grands. J'écris entre les lignes, dans les en-têtes et les pieds de pages, entre les chapitres. Je raconte la même histoire, à ma façon. Je change certains détails, je suis tenté de changer toute la trame narrative, mais n'est-ce pas trop tard ? Après tout, peu importe du moment que c'est moi qui choisis les mots. Peu importe que l'histoire soit la même ou qu'elle soit différente, tant que les phrases sonnent juste à mes oreilles et plaisent à mes yeux.

Peu importe, pourvu que je sente en moi le souffle de la vie, chaud brûlant et non pas tiède et évanoui. Les pages commencent à vibrer sous ma plume. Le texte prend vie, et il me parle. A présent, j'ai le sentiment que c'est lui qui m'écrit.