samedi 1 janvier 2011

Bonne année




BONNE ANNEE 2011
A TOUS LES LECTEURS DE CE BLOG

Nous continuerons de rêver d'un monde meilleur.

vendredi 31 décembre 2010

Copie conforme (film de Abbas Kiarostami)


Il y a une scène dans ce film où tout bascule. Le spectateur est perdu : quelle est la réalité dans tout ça ? Est-ce que je n'ai rien compris depuis le début ? Une heure après le film se termine et l'on n'a pas de réponse. La magie est totale, Abbas Kiarostami a bien réussi son coup !

Juliette Binoche est complètement craquante, avec son air un peu maladroit, sa détresse de mère à la quarantaine qui cherche encore - toujours - l'amour. Notons qu'elle joue en plusieurs langues dans ce film : italien (l'action se déroule en Italie), français (elle est française et parle dans cette langue à son fils) et anglaise (l'homme qu'elle rencontre est anglais).

Abbas Kiarostami est obligé de s'exiler pour faire d'aussi bons films. Rappelons aussi que pendant cette fin d'année 2010 son confrère iranien, Jafar Panahi, non moins talentueux, a été condamné à 6 ans de prison et a été frappé d'interdiction de faire des films pendant vingt ans...  

jeudi 30 décembre 2010

Des hommes et des dieux (film de Xavier Beauvois)


Ce film primé à Cannes raconte l'histoire des moines français assassinés en Algérie dans les années 90. Un peu trop long et lent à mon goût, il n'en reste pas moins un bon film. La tragédie de ces moines c'est qu'ils savaient quel danger ils couraient et malgré cela ils ont choisi de rester, même lorsque les massacres sont arrivés tout près de leur lieu de résidence. Toute la prouesse du réalisateur est de nous faire comprendre leur comportement, et même, de nous faire adapter leur point de vue, et c'est réussi ! Rappelons aussi que la disparition de leur corps reste un mystère non élucidé à ce jour ; seuls leurs têtes ont été retrouvées. Un mystère sur lequel le film n'avance aucun indice.

mercredi 29 décembre 2010

Amore (film de Luca Guadagnino)


Voici un film qui est passé presque inaperçu, et pourtant c'est un beau film.

Emma est la femme d'un riche industriel italien. Elle passe sa vie entre de multiples obligations familiales. Elle incarne la femme modèle mais derrière son masque social se cachent tant de choses refoulées, à commencer par sa fille lesbienne, son attrait pour le meilleur ami de son fils (un jeune cuisinier qui habite à la campagne) et son désir de se libérer...

L'histoire est très psychologique avec de multiples rebondissements. La fin est un peu bizarre, car elle est plus symbolique que réelle. J'ai bien aimé la scène où elle parle en russe avec son fils (le personnage d'Emma est d'origine russe). Cela peut être interprété comme une parabole : entre une mère et son enfant, il y a des langages que eux deux seuls comprennent mais pas les autres tout autour...

mardi 28 décembre 2010

The Social Network (film de David Fincher)


Pour raconter l'histoire de Facebook, David Fincher, le réalisateur du film The Social Network, a choisi de reconstituer des scènes de l'interrogatoire de Mark Zuckerberg et de certains de ses collègues qui l'accusaient d'avoir volé leur idée. Mêlant ces scènes d'interrogatoire avec de longs flashbacks, le film réussit à nous captiver par une dynamique soutenue. Surtout qu'il raconte une histoire qui touche plusieurs centaines de millions de personnes. L'histoire de Facebook.

Je suis sûr qu'on diffusera ce film dans les collèges d'ici 50 ans, pour raconter aux générations futures comment tout avait commencé, dans la tête d'un étudiant de Harvard en 2003.

lundi 27 décembre 2010

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu (film de Woody Allen)


En tant que modeste fan de Woody Allen, j'ai été déçu cette année par la livraison annuelle 2010. Avouons-le : Woody Allen sait faire mieux que ça, beaucoup mieux. D'accord, il y a ses thèmes de prédilection : l'absurdité, le hasard, la mort, etc. Mais on reste loin du Woody qu'on connaît.

Dans ce film les destins de plusieurs couples, jeunes et moins jeunes, se mêlent et s'entrecroisent. C'est peut-être la multiplicité de ces personnages qui est à l'origine de la complexité du film. Pourtant, l'intrigue est simple : un écrivain en panne d'inspiration ne supporte plus sa belle-mère, une alcoolique abandonnée par son mari après 40 ans de mariage. Il tombe aussitôt sous le charme d'une voisine habillée en rouge et essaie de la conquérir.

Malgré tout, Woody Allen est toujours drôle et on est sûr de passer un bon moment en sa compagnie !

dimanche 26 décembre 2010

Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures) (film de Apichatpong Weerasethakul)


Impossible de comprendre pourquoi ce film a gagné la Palme d'Or au Festival de Cannes. Comme le notait à juste titre Le Figaro, ce film est "hermétique, lent et au symbolisme obscur".

Oncle Boonmee souffre d'insuffisance rénale. Sentant approcher la fin de sa vie, il se souvient de ses vies antérieures, ou plutôt il est censé se souvenir de ses vies antérieures (comme le précise le titre du film, d'ailleurs). En vérité, il voit apparaître sa femme décédée depuis des années ainsi que son fils disparu dans la jungle et devenu un ogre aux yeux rouges.

Dans ce film, les scènes se succèdent et il ne se passe rien, à part l'ennui.

samedi 25 décembre 2010

Une nuit en enfer (film de Robert Rodriguez)






(titre original : From Dusk Till Dawn)

On trouve à l'affiche de ce film, sorti en 1996 : Harvey Keitel, George Clooney, Quentin Tarantino et la belle Juliette Lewis. Dirigé par Robert Rodriguez sur un scénario écrit par Tarantino, ce film  compte parmi mes préférés, et pour cause ! Il ne s'agit pas d'un film mais deux !

En effet, Une nuit en enfer se divise en deux parties complètement distinctes. Tout d'abord il raconte la fuite des deux frères Seth et Richard Gecko. Vol, prises d'otages, tueries... la violence est présente presque à chaque scène. Puis les deux frères kidnappent une famille pour les aider à traverser la frontière vers le Mexique. Là, au Mexique, et plus exactement dans un bar perdu dans le désert nommé le Titty Twister, une autre histoire commence. Tout le monde est pris au piège, le spectateur le premier. On se retrouve en enfer...

Pratiquant le mélange des genres avec brio, Robert Rodriguez a signé un film savoureux, qui, faut-il le signaler, n'a pas été du goût de tout le monde...

vendredi 24 décembre 2010

Les Rois mages (chant de Noël par Faïrouz)



La grande dame de la chanson arabe, Faïrouz, chante sur l'air de l'Arlésienne de Georges Bizet un chant de Noël en arabe.

Voici ملوك المجوس (les Rois mages), avec des paroles de Joseph Harb.

ملوك المجوس - جوزف حرب




ملوك المجوس بليلة الميلاد و التلج مغطيلن تيجانن
لحقوا عالطريق بنجمة الميلاد لعند الطفل اللي أسمو يسوع


معهن بخور و دهب و حرير و أساميهن كتبوها فوق سيوفهن
جايي الليلة ملوك المجد لعند الملك اللي أسمو يسوع


شافوا طفل عا كومة قش و حدو إمو عم بتصلي
تركوا السيف و شالوا التاج و حنيوا روسن للملك الإله


و النجمي تضوي فوق الباب و المغارة صارت تشبه سما صغيري
وقفوا على باب الرعيان يصلوا يصلوا للملك الإله



jeudi 23 décembre 2010

L'épicier Karabet (Nazim Hikmet)


Nazim Hikmet était parmi les premiers Turcs à comprendre l'ampleur tragique du génocide arménien. Privé de sa nationalité turque et réfugié dans plusieurs pays, il écrit à propos des Arméniens les vers suivants, qui paraît-il restent censurés en Turquie jusqu'à nos jours :

" Les lampes de l'épicier Karabet sont allumées,

Le citoyen arménien n'a jamais pardonné

Que l'on ait égorgé son père

Sur la montagne kurde 

Mais il t'aime,

Parce que toi non plus tu n'as pas pardonné

A ceux qui ont marqué de cette tache noire

Le front du peuple turc. "

mercredi 22 décembre 2010

L'heure du cru (roman de Azza Filali)



Je dois reconnaître une grande qualité à ce roman : il est bien écrit. Mais voilà justement ce qui pèche : en cherchant la perfection de la langue, Azza Filali est peut-être passé à côté de quelque chose d'essentiel, à savoir garder son lecteur jusqu'au bout.

Car chez elle, le plaisir de la langue est certain, mais encore faut-il aimer ce vocabulaire recherché et avoir un dictionnaire à portée de main. De plus, bien que ayant lieu à Tunis, L'heure du cru aurait pu très bien se passer à Paris ou à Bengalore. J'ai eu l'impression que le récit vole au-dessus de la réalité des personnages, sans jamais l'atteindre. Pour s'en rendre compte, il faut essayer de traduire les dialogues en arabe tunisien (langue dans laquelle ils sont censés se dérouler). Cela donne un résultat assez invraisemblable.

L'intrigue raconte la fugue d'un adolescent et la panne littéraire d'un écrivain. Le croisement des deux destins a de quoi bousculer certaines vies rangées autour d'eux...

Notons enfin, une excellente édition, très soignée, de la maison elyzad.

mardi 21 décembre 2010

Onze minutes (roman de Paulo Coelho)


Malgré un happy ending plutôt décevant (et en plus prévisible), ce livre est le roman de Paulo Coelho qui m'a le plus marqué. Ça raconte l'histoire d'une brésilienne qui arrive en Europe et qui se trouve obligée de se prostituer. On y parle surtout de sexe, mais sans vulgarité.

Ce qui m'a fasciné dans ce roman, c'est que l'auteur raconte l'histoire du point de vue de l'héroïne, Maria. Cela me semble extraordinaire qu'un écrivain homme puisse en savoir autant sur les femmes et surtout, puisse se mettre à leur place.

Cela me rappelle un autre écrivain : Stephen King, qui n'hésite pas à demander l'avis de sa femme pour construire ses personnages féminins (notamment celui de Carrie White dans Carrie).

Interrogé à propos de Onze minutes,  Paulo Coelho répondait qu'il était aussi une femme, un peu à la manière de Flaubert qui était aussi Mme Bovary ("Mme Bovary, c'est moi !").

lundi 20 décembre 2010

A Serious Man (film de Ethan et Joel Coen)


Le destin s'acharne sur Larry Gopnik. Sa femme demande le divorce, son fils écoute de la musique pendant les cours et sa fille est obsédée par son apparence physique. En ce début d'année 2010, les frères Coen nous avaient servi une excellente comédie, façon Woody Allen. Car l'absurdité, la mort, l'humour noir ainsi que la culture juive américaine font partie de ce plat cinématographique. Les amateurs du genre ne pourront qu'apprécier ce mélange détonant, surtout quand il est servi dans  l'ambiance surréaliste de 1971 avec Jefferson Airplane comme fond sonore.

dimanche 19 décembre 2010

The Genius Of The Crowd (poème par Charles Bukowski)


Voici un poème du vieux dégueulasse, Charles Bukowski. Une ode à la solitude et contre la médiocrité. 
 
Il y a quelque chose de nietzschéen dans ce poème.

Traduction de la version courte en français, trouvé sur le net (ici). Voir plus bas une version plus longue en anglais :


Il y a assez de traitrise, de haine, de violence,
D'absurdité dans l'être humain moyen
Pour approvisionner à tout moment n'importe quelle armée
Et les plus doués pour le meurtre sont ceux qui prêchent contre
Et les plus doués pour la haine sont ceux qui prêchent l'amour
Et les plus doués pour la guerre - finalement - sont ceux qui prêchent la paix

Méfiez-vous
De l'homme moyen
De la femme moyenne
Méfiez-vous de leur amour

Leur amour est moyen, recherche la médiocrité
Mais il y a du génie dans leur haine
Il y a assez de génie dans leur haine pour vous tuer, pour tuer n'importe qui

Ne voulant pas de la solitude
Ne comprenant pas la solitude
Ils essaient de détruire
Tout
Ce qui diffère
D'eux

Etant incapables
De créer de l'art
Ils ne comprennent pas l'art

Ils ne voient dans leur échec
En tant que créateurs
Qu'un échec
Du monde

Etant incapables d'aimer pleinement
Ils croient votre amour
Incomplet
Du coup, ils vous détestent

Et leur haine est parfaite
Comme un diamant qui brille
Comme un couteau
Comme une montagne
Comme un tigre
Comme la ciguë
Leur plus grand art.



Version longue, en anglais :


there is enough treachery, hatred violence absurdity in the average
human being to supply any given army on any given day

and the best at murder are those who preach against it
and the best at hate are those who preach love
and the best at war finally are those who preach peace

those who preach god, need god
those who preach peace do not have peace
those who preach peace do not have love

beware the preachers
beware the knowers
beware those who are always reading books
beware those who either detest poverty
or are proud of it
beware those quick to praise
for they need praise in return
beware those who are quick to censor
they are afraid of what they do not know
beware those who seek constant crowds for
they are nothing alone
beware the average man the average woman
beware their love, their love is average
seeks average

but there is genius in their hatred
there is enough genius in their hatred to kill you
to kill anybody
not wanting solitude
not understanding solitude
they will attempt to destroy anything
that differs from their own
not being able to create art
they will not understand art
they will consider their failure as creators
only as a failure of the world
not being able to love fully
they will believe your love incomplete
and then they will hate you
and their hatred will be perfect

like a shining diamond
like a knife
like a mountain
like a tiger
like hemlock

their finest art

samedi 18 décembre 2010

Identité (Jean Frémon)

(Extrait de la préface de Trilogie new-yorkaise de Paul Auster, par Jean Frémon)

Je me souviens d'un dessin humoristique paru dans un journal italien, il montrait un personnage anonyme qui se regarde dans la glace d'une armoire en se tenant le menton dans une attitude de perplexité. Et la légende disait à peu près cela : "Mon Dieu ! Mais ce n'est pas moi, j'ai dû me perdre dans la foule !"

Ce sont des choses qui arrivent, nous ne nous reconnaissons plus, nous nous pinçons pour nous éveiller d'un rêve, mais c'est en rêve que nous nous pinçons. A chaque instant, nous faisons des gestes qui ne sont pas les nôtres, nous prononçons des mots qui appartiennent à d'autres, nous imitons les intonations ou les expressions de ceux qu'inconsciemment nous désirons être. Essayer d'être un autre est une façon d'être soi-même. Avec un peu de constance, il est possible d'y parvenir. Et se reconnaître dans un autre est certainement aussi troublant que de ne pas se reconnaître soi-même. "Une minute nous sommes une chose et la suivante une autre chose", dit Paul Auster, ou encore : "Là où je ne suis pas est l'endroit où je suis moi-même".